32199Il arrive ! Il est gros !  On espère qu’il va distribuer pleins de cadeaux ! Mais cette année encore, plusieurs seront déçus, se sentiront lésés, laissés pour compte ou incompris. Qui est-ce ? Le budget du gouvernement du Québec, bien sûr !

Cette année, plus que pour les précédents, il semble qu’on craigne que le budget soit impopulaire et donc, le ministre Bachand essaye de mettre toutes les chances de son côté.

Les consultations prébudgétaires connaissent un petit coup de jeune en se mettant à la mode Web 2.0. On peut même partager le petit sondage en ligne sur facebook ! Il y a eu aussi, le 10 décembre dernier, des annonces prébudgétaires de bonification de crédit d’impôt à l’investissement.

Mais dans l’ombre, il y a une crainte… de nombreuses mesures hautement impopulaires devront être mis en oeuvre : hausse des tarif d’électricité, arrivée des péages sur nos autoroutes, augmentation de la TVQ. Avec toutes ces hausses, le citoyen de base va voir son pouvoir d’achat diminuer et la côte de popularité du gouvernement s’en trouvera affectée.

Mais il y a une autre crainte ! Et celle-ci explique certainement les annonces du 10 décembre. Comme on l’a déjà expliqué les mesures d’aides aux entreprises, qu’il s’agisse de subventions, de crédit d’impôt ou autre, ne sont non seulement pas des « bonbons pour faire plaisir aux riches patrons », mais elles sont indispensables à notre économie. Elles permettent de créer des emplois fortement rémunérer (et donc fortement taxer), d’attirer des entreprises étrangères, ou de retenir voire de rapatrier des emplois qui partent vers les pays à faible coût de main d’œuvre. Seulement, il y a un problème avec ces mesures destinées à aider les entreprises : elles aussi sont impopulaires !

Il est souvent incompréhensible pour un salarié de voir les entreprises recevoir des milliers de dollars en aides gouvernementales, pendant qu’on augmente la TVQ et le coûts des services qu’on lui fournit. On va probablement entendre des phrases comme celles-ci : « Ils prennent dans ma poche pour donner aux patrons ! »

Si vous avez quelques notions d’économie, même très limitées, ou si vous êtes lecteur régulier de ce blog vous savez que cette manière de penser reviendrait à dire « Pourquoi semer et attendre, alors qu’on pourrait manger les graines ? »

Comment le gouvernement du Québec s’y prend pour faire face à la crise et contenter le plus d’électeurs possible ?

Les acrobates

Malheureusement ou heureusement, en démocratie, le niveau d’éducation, de compétence et d’accès au savoir n’est pas homogène. De plus, la représentativité des québécois n’est vraiment égalitaires, lorsque des dizaines de milliers de montréalais valent autant de députés, qu’une poignée d’électeurs en région. Pendant ce temps les politiciens nous répètent à chaque élection « Chaque voix compte ». Gérer un état, et se faire élire pour le faire, c’est définitivement un exercice d’acrobate et d’équilibriste.

Alors discrètement, avant de passer le budget, le 10 décembre dernier, pendant cette période ou les gens regardent ailleurs, on pare au plus pressé : on aide les entreprises ! En effet, le gouvernement du Québec a annoncé plusieurs mesures qui aurait normalement pris place dans un budget annuel :

- Majoration du crédit d’impôt à l’investissement de 5% à 10% dans les régions centrales. Certaines régions ont même droit à des taux de 20% et 30%
- Crédit d’impôt pour les activités de transformation dans les régions ressources prolongé de cinq ans pour les régions éloignées telles que l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et le Nord du Québec (il devait prendre fin le 31 décembre 2010)
- simplifications et bonifications du crédit d’impôt pour la Gaspésie et certaines régions maritimes du Québec et du crédit d’impôt pour la Vallée de l’aluminium,
- Appuis au secteur manufacturier en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, entre autres pour le secteur éolien.
D’autres mesures touchent aussi la transformation des produits de la mer, de l’aluminium ainsi que les secteurs de la tourbe et de l’ardoise.

Ce qui étonne le plus dans ces annonces, c’est leur importance financière, plus de 100 millions de $ ! Et tout cela en dehors du processus « normal » du budget annuel. Qu’en déduire ? Malheureusement, cela ne présage rien de bon pour les entreprises. Au mieux, le prochain budget provincial ne prévoira aucune aide supplémentaire ou améliorée, et au pire, certains programmes seront « amputés » de quelques points.

Lorsqu’on considère toute l’attention médiatique que le « vrai » budget recevra, et lorsqu’on anticipe toutes les augmentations de taxes qu’il contiendra forcément, on comprend pourquoi les mesures d’aides aux entreprises sont misent en oeuvre avant même de passer le budget au vote. Comme dirait ma grand-mère: « Il faut ménager la chèvre et le choux » !

Que peut-on y faire ?

Bien que les jeux semblent être faits, il semble possible, pour une fois, d’influencer un peu le ministre dans son exercice. Sur son site, Raymond Bachand vous propose de « voter » pour les mesures que vous pensez être les plus importantes à intégrer au prochain budget. Allez-y, c’est plutôt bien fait et même si cela ressemble plus à un coup médiatique qu’à une véritable consultation publique, l’exercice est intéressant car assez révélateur de ce qui nous attends !

Les questions 2 et 4 notamment vous permettront de classer en ordre d’importance les investissements que le gouvernement doit faire et ou il doit aller chercher de nouvelles recettes.

Lorsque j’ai fais le sondage le 11 décembre les résultats pour la question 2, sur les investissements, étaient les suivants :

1.    Un réseau d’éducation de qualité
2.    Un système de santé accessible à tous
3.    Des infrastructures renouvelées (routes, hôpitaux, écoles, etc.)
4.    Le développement durable et l’environnement
5.    Une économie innovante
6.    Une politique familiale généreuse (garderie à 7 $, régime d’assurance parentale, soutien aux enfants, etc.)
7.    Un important soutien aux aînés (crédit d’impôt pour le maintien à domicile, crédit d’impôt pour les aidants naturels, etc.)
8.    La création du Fonds des générations, pour laisser un fardeau d’endettement équitable envers les générations futures
9.    Une électricité à faible prix
10.    Une industrie culturelle florissante
11.    Une métropole dynamique

Ça fait mal au coeur de voir « l’économie innovante » à la 5e place ! On ne peut qu’espérer que ce score va s’améliorer au cours des prochaines semaines. Le score du système de santé et des hôpitaux s’explique évidemment par le nombre important de baby-boomer dont notre société est composée, et qui sont plus préoccupé par le fait de vieillir en santé, que de créer des emplois. Finalement, Montréal, ne reçoit toujours pas sa juste part de son apport à l’économie de la province et écope de la dernière place.

Les résultats à la question 4, sur les recettes, ne sont pas beaucoup plus encourageants:

1.    Augmenter la TVQ d’un point de pourcentage additionnel à celui déjà annoncé pour 2011
2.    Demander une contribution aux usagers des routes par un système de péage ou un autre mécanisme
3.    Augmenter les tarifs plus près de la moyenne canadienne pour qu’ils reflètent davantage la juste valeur du bien ou du service fourni
4.    Hausser les tarifs d’électricité en tenant compte des coûts croissants de production, tout en protégeant les ménages à faible revenu et la compétitivité des entreprises
5.    Augmenter la taxe sur l’essence pour contribuer au financement du réseau routier et réduire les gaz à effets de serre
6.    Instaurer une contribution spécifique pour financer le système de santé tenant compte de la capacité de payer de chacun
7.    Augmenter les impôts des particuliers et des entreprises, même si cela affecte notre compétitivité

Ce qui est intéressant dans cette question c’est que le ministre n’a pas couru le risque de séparer « impôt sur les particuliers » et « impôt sur les entreprises ». Au moins, les gens qui voteront n’ont pas le choix d’exprimer le souhait d’enfoncer un peu plus les entreprises dans la crise.

En résumé

En fin d’année, on essaye souvent de prévoir ce qui arrivera dans l’année à venir. Chez Present Profit, nous pensons que la crise ne se terminera pas en 2010.

Les produits vont coûter plus chers dans les mois à venir, puisque la TVQ va beaucoup augmenter ! L’électricité va augmenter. Il y aura encore des dépenses sur les infrastructures et les installations publiques, ce qui creusera encore le déficit public. Les entreprises seront aidées mais en catimini pour ne pas « frustrer » la population qui a du mal à comprendre pourquoi c’est utile. Quelques autoroutes devraient être pourvu de péages, vraisemblablement autour de Montréal, sans que cela ne profite à la métropole qui va continuer d’essayer de « tracter » la Belle Province, pour rester compétitive face à Toronto.

Ce n’est pas un portrait très rose, mais c’est ce qui nous attend… si la tendance se maintient.

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