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S’il est une image qui m’ait impressionné ces derniers jours, c’est bien celle-ci. Akio Toyoda, petit-fils du fondateur de Toyota et actuel président du plus grand fabricant d’automobiles japonais, pleure devant la presse et les caméras. Il leur explique que Toyota abandonne la F1 !

Il y a de nombreuses raisons à cette décision, manifestement douloureuse. Mais certains y ont vu un signe. « La crise a si profondément affecté les entreprises qu’elles commencent à couper dans les dépenses de R-D » ais-je même lu et entendu ici et là. Est-ce vraiment le cas ?

Si l’on en croit une étude récente du cabinet américain Booz qui portait sur les 1000 entreprises qui investissent le plus dans l’innovation dans le monde, elles ont investit massivement en R-D cette année. En réalité, si l’on fait la moyenne des 10 dernières années (années d’investissement particulièrement importants), les entreprises ont investit cette année, à peine 5% de moins que la moyenne de la décennie.

Qu’en est-il de Toyota ? Il est vrai que la Formule 1 est historiquement le laboratoire de R-D des entreprises du secteur automobile. Mais Toyota n’investit pas son MILLIARD de dollars annuel de Recherche et Développement dans la F1, loin de là ! L’entreprise japonaise reste d’ailleurs l’une de celles qui investit le plus en R-D dans son secteur. Alors ou va cet argent  ?

Elle va là où la R-D paye le plus ! Je m’explique.

Au-delà des pleurs d’Akio Toyoda, il faut voir un profond changement dans la manière de créer l’innovation. Le secteur automobile n’est que le reflet visible de ce qui se passe dans toutes les grandes entreprises depuis la Révolution Numérique. On ne peut plus faire de la R-D comme nos grands-parents ! Dans le secteur automobile, la F1 a beaucoup donné : performance, sécurité, tenue de route etc. Mais le marché attend des automobiles propres, économique, facile à utiliser en ville (depuis que 50% de la population mondiale est urbaine) et intelligente. Aujourd’hui nous voulons de nos voitures qu’elles soient connectée par gps et nous diriger à destination, reliée à Internet et nous informer en temps réel, capable de se stationner seule, d’amuser nos enfants pendant le trajet, de veiller sur nos capacités à conduire et d’appeler des secours en cas d’accident. Ça, ce n’est pas de la R-D, ce n’est pas le futur ; c’est maintenant ! Laquelle de ces fonctionnalités vient de la F1 ? Aucune ! Toyota quitte la F1 car ce n’est plus le terrain où se jouent les batailles de l’innovation.

Certes le marché a changé. Mais la R-D change également, parce qu’on n’a plus besoin de la faire comme autrefois. Lorsque la France a effectué ses derniers essais nucléaires dans le Pacifique, les scientifiques de l’armée française ont dit que c’était la dernière fois. Ils prendraient quelques relevés et désormais tout pourrait se faire par ordinateur, de manière simulée, virtuel !

Et oui, le mot est laché ! Virtuel ! Car c’est cela qui attend la R-D… comme tous les autres secteurs industrielles : elle va faire sa révolution numérique et se virtualiser. Dans bien des domaines, on n’a plus besoin de grandes démonstration de force, de grandes expériences à taille réel pour formuler une hypothèse, expérimenter, tester et démontrer. La puissance de calcul des ordinateurs, les mathématiques appliquées dans les logiciels de CAD, et bien d’autres innovations de la Révolution Numérique, ont rendu les anciennes pratiques obsolètes.

Lao-Tseu a dit : « Il n’y a que le changement qui ne change pas ». Notre monde a changé, la R-D ne sera plus jamais comme avant, et tant mieux ! Alors, sèches tes larmes de nostalgie Akio, et poursuit ta marche vers le progrès…

 » L’homme est un apprenti, la douleur est son maître.  » Alfred de Musset

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